Pigeon aborde la sculpture avec une attitude d'interrogation, parfois de défi
mêlé d'humour, un sens ludique de la "mise en page"
mais toujours avec un regard palpant la femme de vérisme charnel. Vasarely
a écrit : "Aussi génial que soit le sculpteur, il ne peut
plus faire un nu qui apporte quelque chose de nouveau". Pas si sûr,
dis-je.
Évidemment on a pu voir la sculpture de Pomone - divinité
des fruits et des jardins - à Florence, à Marly, à Versailles.
Pigeon nous donne toutefois un nouveau visage palpitant d'émotion de
lépouse du dieu du Printemps. Il met toute la réalité
corporelle dans sa vision des femmes fécondes, ramassées, agenouillées.
Voluptueuse est sa Femme au miroir et ouverte à notre étonnement
sa Girl de bois. Mais qui avant Pigeon, avait sculpté les fantasmes
du boucher en couchant une femme sur un billot des plus naturalistes ? Le
jeu des massivités traduit l'appétit visuel et tactile de Pigeon,
artiste qui apporte quelque chose de nouveau, oui, à l'épiderme
féminin dans le bronze, la glaise, le marbre, le bois. La phrase de
Henry Moore pourrait définir aussi l'uvre de Pigeon : "La
sculpture qui me touche est gonflée de sang, autonome en ronde bosse
; elle est statique, forte, vitale".
Voici, sous les yeux de Pomone, les fruits divins sculptés par
un grand artiste contemporain.
Guy VIGNOHT, critique et historien
d'Art